Free and Public

L’initiative de la gratuité des soins au Niger est bénéfique au niveau santé mais il reste de nombreux défis à relever

Une mère et son fils dans une clinique de santé à Guidan Roumdj, au Niger. Source: Oxfam des photosAu mois de mars 2012, le gouvernement nigérien a organisé une conférence pour débattre des résultats de son initiative relative à la gratuité des soins pour les femmes et les enfants ainsi que des défis qui y sont liés. La conférence a mis en évidence les bénéfices remarquables en matière de santé depuis la mise en place en 2005 de l’initiative mais a également souligné les difficultés majeures dans le domaine du financement qui menacent la viabilité de cette politique.

Le Niger a l’un des taux de mortalité infantile et maternelle les plus élevés au monde. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), une femme nigérienne sur 23 meurt pendant la grossesse ou l’accouchement (par rapport à 1 sur 42 en Afrique), un agent de santé qualifié n’est présent qu’à un accouchement sur 5 et seulement 46% des femmes enceintes bénéficient de soins prénatals. De surcroît, un enfant sur 7 meurt avant d’atteindre l’âge de 5 ans.

Au vu de ces statistiques alarmantes, on ne peut que louer le gouvernement du Niger d’avoir introduit une politique de gratuité des soins pour alléger le fardeau financier que représente l’accès aux services de santé pour les femmes et les enfants. Dans le cadre de cette initiative, les femmes ont droit aux services de contraception, aux soins prénatals, aux accouchements, césariennes y compris, ainsi qu’aux traitements du cancer du sein et de l’utérus gratuitement. Les enfants en-dessous de 5 ans ont droit à une grande variété de soins gratuits parmi lesquels les consultations, les opérations chirurgicales, les médicaments et les examens de laboratoire.

La conférence de mars 2012 a coïncidé avec la publication des résultats d’un audit (1) mandaté par le gouvernement portant sur « le dispositif et le fonctionnement de la gratuité des soins » entre 2006 à 2010. Ce dernier montre que l’initiative avait apporté des améliorations spectaculaires au niveau de la santé. En 5 ans à peine, l’usage des services prénatals a plus que doublé et est passé de moins de 38% en 2004 à 90% en 2009. L’utilisation de méthodes contraceptives modernes a augmenté aussi de 5% en 2006 à 16% en 2010, tandis que le nombre de césariennes a augmenté de 0,8% à 2,8% pendant la même période. Le rapport a révélé que le recours aux services de santé par les femmes et les enfants avait augmenté, depuis que les obstacles financiers avaient été levés, et qu’il y avait une réduction considérable de l’auto-médication et du recours à la médecine traditionnelle.

Malgré les progrès réalisés jusqu’à présent, l’initiative relative à la gratuité des soins est menacée par un niveau de financement très insuffisant, ce qui fait craindre un ralentissement des progrès. Entre 2007 et 2011, le budget annuel moyen alloué à l’initiative était de à 4 milliards de francs CFA (7,8 millions USD) (voir la figure 1), ce qui représente la moitié seulement du montant nécessaire à la réalisation entière du programme. En conséquence, d’importantes factures restent impayées (celles-ci se montent à 41.4 millions USD environ depuis mars 2012) ce qui affecte la capacité des prestataires de services de santé à offrir leurs services aux bénéficiaires.
   
Ministère de la Santé (Niger) les allocations pour l’initiative sur les soins de santé gratuits et des fonds requis ( 2)Un tableau indiquant les allocations budgétaires du Ministère de la Santé et des fonds demandés pour l'initiative sur les soins de santé gratuits au Niger
 
Les difficultés de financement sont en partie dues à l’échec des dirigeants politiques à évaluer correctement  les exigences financières de l’initiative et à mettre en place des mesures pour la financer. De surcroit, le soutien apporté par les donateurs a été désespérément faible, et parmi eux figurent les organismes qui ont encouragé le gouvernement à adopter la politique de gratuité des soins au début. Jusqu’ici, il n’y a eu que l’Agence Française de Développement (AFD) qui a proposé de rembourser un cinquième du coût de l’initiative et l’UNICEF qui offre occasionnellement un support financier. Un meilleur soutien, aussi bien technique que financier, de la part des donateurs sera crucial pour permettre au gouvernement d’intensifier son initiative et d’en assurer la durabilité.

Une difficulté supplémentaire se trouve dans le manque de responsabilité et de transparence dans la gestion des fonds, les cas de facturation inexacte et de doubles paiements étant fréquents. Les agents de santé se sont également plaints d’une charge de travail accrue et de l’accumulation de factures impayées. Et bien que la majorité des prestataires de santé soutienne l’initiative de la gratuité des soins, ils s’inquiètent du fait que celle-ci n’est pas mise en œuvre correctement et qu’ils doivent en payer les pots cassés.

L’étude note aussi que l’initiative a été bénéfique aux femmes et aux enfants mais que les frais de santé pour le reste de la population restent toujours très hauts. L’OMS estime que les paiements directs représentent 41% des dépenses totales de santé au Niger – plus que le double du taux recommandé de 15 à 20%. Compte tenu du fait que 70% environ des Nigériens vivent avec moins d’1 USD par jour, il est clair que des niveaux de protection financière insuffisants affecteront des millions de gens, enfonçant encore plus les ménages dans la pauvreté et leur barrant l’accès aux services de santé de base.

Les recommandations formulées suite à la conférence étaient claires et il est important que le gouvernement les prenne au sérieux. En particulier, le gouvernement devrait veiller à augmenter ses allocations vers le secteur de la santé, surtout vers le programme de gratuité des soins, et à ce que le Ministère de la Santé règle les arriérés de paiement qui sont dus aux prestataires de services de santé. Pour augmenter ses recettes, le gouvernement devrait considérer l’utilisation de mesures financières innovatrices comme augmenter les taux de TVA sur les produits de luxe, et taxer les télécommunications, l’alcool et les secteurs du tabac. Dans l’immédiat, les donateurs devraient augmenter le soutien apporté au gouvernement du Niger pour que les manques de fonds n’entravent pas les progrès significatifs réalisés jusqu’à présent.

Références
(1)      Le document d’évaluation n’a pas encore été rendu public. L’information présentée provident des notes de l’auteur prises lors de l’allocution du Secrétaire général du ministère de la santé publique du Niger sur l’initiative sur la gratuité des soins durant la Conférence nationale sur la gratuité en mars 2012.

(2)       Les données de ce graphique proviennent des chiffres fournis par le ministre de la santé du Niger à l’occasion de la Conférence nationale sur la gratuité en mars 2012 
 

Hassane Boukar est Chargé de projet pour la transparence budgétaire pour Alternative Espaces Citoyens au Niger

Share

Leave a Reply

Global Health Check is edited by Anna Marriott, Health Policy Advisor for Oxfam GB, and welcomes contributions from different authors. If you would like to write an article for this site or if you have any queries please contact: amarriott@oxfam.org.uk.