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110 organisations de la société civile en appellent à la Banque Mondiale pour faire avancer la couverture santé universelle

Selina receiving healthcare in a hospital in Ghana Dans le cadre du mouvement mondial en faveur d’une couverture santé universelle (CSU), des groupes de la société civile ont rencontré le mois dernier le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim lors des assemblées annuelles de la Banque mondiale à Tokyo, pour lui demander de soutenir la mise en place d’une couverture en santé universelle dans les pays en développement. La santé était en effet l’un des thèmes de l’assemblée cette année.

Une lettre ouverte signée par 110 organisations provenant de 40 pays, dont Ghana Universal Healthcare Campaign, World Vision et Oxfam, a été présentée au Dr Kim pour demander à la Banque mondiale d’aider les populations, notamment les plus pauvres et vulnérables, à accéder à des services de santé de qualité.

Cette lettre, ainsi que l’exprime clairement l’ensemble des demandes formulées, appelle la Banque à soutenir la mise en place de systèmes de santé solides et équitables seuls à même de permettre l’avènement d’une véritable couverture universelle. Celle-ci ne doit pas seulement prendre en charge les dépenses de santé dites « catastrophiques », mais également établir le principe selon lequel les populations, en particulier les plus pauvres et les plus vulnérables, doivent pouvoir accéder à des services de santé de base en cas de besoin. Pour y parvenir, il convient de mettre en place des systèmes de santé appropriés, capables de promouvoir un bon niveau de qualité à travers des investissements en personnels de santé, installations, systèmes d’information et médicaments génériques sûrs. Les systèmes de santé doivent également être structurés et financés de manière à offrir l’accès gratuit aux centres d’accueil et dispensaires, en particulier des populations les plus pauvres.

C’est pourquoi il est demandé en premier lieu à la Banque d’aider les pays à supprimer le paiement direct, une étape essentielle à toute politique de prise en charge universelle dans les pays en voie de développement. Ces frais constituent la première barrière financière à l’accès aux soins des plus pauvres, notamment des femmes. Depuis trop longtemps, la Banque a incité ces pays à s’appuyer sur le paiement direct des soins par les usagers pour compenser les coûts des soins de santé. L’année prochaine marquera le 20e anniversaire du Rapport mondial sur le développement de 1993, « Investing in Health », élaboré à partir d’une précédente publication (1), qui a établi le principe de la récupération des coûts sur les frais restant à la charge des patients. Les messages envoyés par ce rapport, amplifiés par les recommandations et l’assistance technique de la Banque mondiale, ont considérablement influencé les politiques des pays en voie de développement au cours des décennies qui ont suivi.

Fait encourageant, le président Kim a récemment déclaré que la mauvaise santé et le coût souvent élevé du paiement direct des soins sont les causes principales de la pauvreté. L’approche de la Banque mondiale est toutefois en train d’évoluer doucement, comme en témoigne l’exemple récent de la Sierra Leone où la Banque a apporté un soutien financier déterminant, aux côtés d’autres donateurs, au programme national de gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants. Il existe cependant une demande bien plus large pour ce type d’initiatives : 12 pays (2) d’Afrique sub-saharienne ont en effet mis en place la gratuité des soins dans les dispensaires ces dix dernières années, en particulier pour les services de santé maternels et infantiles. La Banque répond encore trop lentement aux demandes d’aide de la plupart de ces pays comme des autres nations souhaitant aussi renforcer leurs politiques d’abolition du paiement direct.

Afin d’aider les pays à mettre en place une CSU, la lettre appelle également la Banque mondiale à prendre des mesures supplémentaires, comme soutenir le développement des financements publics, offrir des recommandations équilibrées qui ne privilégient pas les solutions du secteur privé au détriment des systèmes financés et organisés par les pouvoirs publics, veiller à ménager un espace pour l’engagement de la société civile en faveur des politiques de santé publique et collaborer avec l’Organisation mondiale de la Santé et d’autres institutions mondiales de la santé en faveur de la couverture universelle en santé.

Avec, à la tête de la Banque mondiale, un spécialiste de la santé engagé à élaborer des politiques fondées sur des données probantes et un leadership fort de la part de l’équipe en charge du secteur, le moment est plus que jamais propice aux avancées dans ce domaine. Et comme le démontre cette lettre ouverte, il existe une demande considérable de la société civile appelant à une action de la Banque mondiale pour que l’accès universel à des soins de qualité devienne une réalité pour toutes et tous.

Références
(1) Banque mondiale. « Financing Health Services in Developing Countries: An Agenda for Reform – 1 » (1987)
(2) Benin, Burkina Faso, Burundi, Ghana, Kenya, Madagascar, Mali, Niger, Nord Soudan, Sénégal, Sierra Leone, Zimbabwe.  Source : Sophie Witter. HLSP Institute. « Mapping user fees for health care in high-mortality countries: evidence from  a recent survey. » (2010)
Katie Malouf Bous est conseillère en politiques d’Éducation et de Santé chez Oxfam International

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