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Une subvention pour lutter contre le paludisme qui, selon Oxfam, comporte trop de risques

Une subvention pour lutter contre le paludisme qui, selon Oxfam, comporte trop de risques

La semaine passée, dans notre dernier rapport “Des anti-paludéens à l’épicerie”, Oxfam suggérait que l’on mette fin à un projet mondial contre le paludisme Fonds pour des médicaments antipaludéens à des prix abordables (AMFm).

Malgré une avancée notable dans la lutte contre le paludisme, un nombre important de personnes indigentes meurent encore de cette maladie pourtant curable. La majorité des victimes en Afrique sont des enfants. De fait, en 2010, 86 pour cent  des personnes décédées des suites du paludisme avaient moins de cinq ans. Alors pourquoi ne sommes-nous pas en faveur d’un projet qui vise à réduire le prix de médicaments qui sauvent des vies?

Oxfam a de très  bonnes raisons d’exiger l’arrêt de ce mécanisme à la lumières de plusieurs  faits.

Il est vrai que le AMFm a réussi à faire baisser le prix des ACT – les meilleurs traitements antipaludéens à l’heure actuelle– et à augmenter la quantité de médicaments disponibles dans des pays où la subvention a été attribuée. Nul besoin d’un doctorat en économie pour comprendre qu’une subvention permette d’atteindre ces objectifs. Mais cela ne signifie pas pour autant que cette aide rend l’accès aux médicaments plus aisé pour les familles les plus démunies ni qu’elle prend en compte les risques de santé publique en traitant le paludisme de cette façon.

Tout d’abord, il n’existe aucune preuve que les plus pauvres et les plus vulnérables aient bénéficié de cette aide. La propre évaluation de l’AMFm lors de la phase pilote, durant laquelle la subvention a été déployée sur 7 territoires, n’a pu le mesurer et ils ne savent pas qui a acheté les médicaments. Mais ce que nous savons, c’est que même lorsque les prix sont bas, les familles les plus pauvres ne peuvent se permettre une telle dépense. Les gens ordinaires ont déboursé plus de 105 million USD pour ces médicaments subventionnés dans les pays pilotes. Pour autant, ce système de contribution personnelle ne permet pas aux plus nécessiteux, vivant en dessous du seuil de pauvreté, d’obtenir les médicaments dont ils ont besoin.

Ensuite, il existe un autre défaut encore plus fondamental dans l’AMFm. Le programme a essentiellement renforcé la hausse des ventes de petits prestataires privés. Ce qui ne semble pas poser problème, jusqu’à ce qu’on réalise que cela ne correspond pas forcément à des pharmaciens ou des médecins privés. Non, cela concerne plutôt des magasins. L’AMFm a mis la grande majorité des médicaments entre les mains de petits commerçants qui n’ont aucune formation médicale et ne peuvent donner aucun conseil à des familles, ni diagnostiquer correctement le paludisme. Dans la mesure où l’on estime que 60% des fièvres ne sont pas liées au paludisme, distribuer des médicaments de cette manière comporte un risque réel de distribuer des traitements inappropriés dans la majorité des cas.

Nous ne sommes pas idéalistes pour autant. Nous savons que les infrastructures de santé publiques dans de nombreux pays ne peuvent pas toujours fournir des médecins bien formés au plus près des plus démunis. C’est pourquoi notre rapport propose également une solution pragmatique qui aura bien plus de chance de réussir que l’AMFm. Les travailleurs de santé locaux basés dans les communautés qui peuvent être formés pour diagnostiquer et soigner le paludisme et des fièvres autres que paludéennes. Lorsque l’Éthiopie avait investi dans 30,000 travailleurs de santé locaux, les décès dus au paludisme avaient diminué de moitié en 3 ans. Or, le montant jusqu’à présent dépensé pour l’AMFm aurait pu servir à la formation et au salaire de travailleurs de santé locaux en Afrique sub-saharienne. Ceci est le coût d’opportunité engendré par l’AMFm que le Conseil du Fonds Global doit avoir à l’esprit.

Il faut se poser les questions suivantes : s’il y a deux chances sur trois que votre fille qui s’est levée ce matin avec de la fièvre, n’ait pas le paludisme mais une autre maladie qui mettrait sa vie en danger, l’amèneriez-vous vraiment chez un commerçant sans formation médicale mais financièrement incité à vous vendre des comprimés anti-paludéens? Ou préfèreriez-vous avoir un travailleur de santé formé dans votre communauté, qui pourrait diagnostiquer et traiter une pneumonie ou d’autres maladies ?

Un enfant en Tanzanie a le droit à un traitement sûr, au même titre que  le votre. L’AMFm met des vies en danger dans les pays les plus pauvres et risque de détourner l’intérêt général au détriment d’interventions efficaces qui peuvent sauver la vie des plus pauvres et des plus vulnérables.

C’est pourquoi nous invitons le Fonds mondial qui se réunit début novembre à prendre leurs décisions à la lumière de ces faits. Mettre fin à l’AMFm et libérer les ressources pour les investir dans ce qui, nous le savons, fonctionne.

Emma Seery, responsable de l’équipe Fonds de développement et Services publics à Oxfam

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